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Les 95 % du rapport MIT : ce que le texte dit, et ce que nous en avions fait

· 6 min de lecture · 2 sources, lues en entier

Un chiffre que nous répétions aussi

Notre propre page sur l'audit des cas d'usage affiche, en gros caractères, « 95 % des projets d'IA sur-mesure échouent », avec pour toute référence « source MIT, août 2025 ». Elle le fait depuis sa mise en ligne, et personne n'avait ouvert le rapport.

Nous l'avons ouvert. Il s'appelle The GenAI Divide: State of AI in Business 2025, il est signé de quatre chercheurs du projet NANDA au MIT, et il est daté de juillet 2025, pas d'août. source 1 Ce qui suit est ce qu'il dit, ce qu'il dit de lui-même, et ce que le trajet jusqu'à nos pages en a fait.

Ce que le rapport annonce

Le résumé exécutif est net : malgré trente à quarante milliards de dollars investis, « 95 % des organisations n'obtiennent aucun retour ». Le corps du texte donne l'entonnoir, et c'est lui qui compte :

Sur cent organisationsOutils génériquesOutils spécifiques ou sur-mesure
en ont évalué8060
sont allées jusqu'au pilote5020
ont atteint la production405

⚠️ Cet entonnoir ne dit pas ce que le titre dit. Sur vingt organisations parties en pilote avec un outil spécifique, cinq arrivent en production — soit une sur quatre. Trois pilotes sur quatre s'arrêtent, ce qui est déjà beaucoup. Ce n'est pas dix-neuf sur vingt.

Le rapport lui-même brouille la distinction. Sa page 7 écrit « le taux d'échec de 95 % des solutions d'IA en entreprise », quand son résumé parlait d'organisations sans retour, et que son entonnoir compte des organisations, pas des pilotes. Trois formulations, trois sujets différents, un seul chiffre.

Ce que le rapport dit de lui-même, et que personne ne cite

Sa deuxième page porte une mention que la reprise a fait disparaître : « Résultats préliminaires ». Suivent, page 6 puis page 24, des réserves que les auteurs ont écrites eux-mêmes.

Ce que les auteurs écriventCe que ça change
Les chiffres sont « exacts directionnellement, tirés d'entretiens individuels plutôt que de rapports officiels d'entreprise »Aucune de ces valeurs n'est une mesure comptable
Est réussi ce que « des utilisateurs ou des dirigeants ont signalé » comme ayant un effet marqué et durableLa réussite est déclarative, pas constatée
La fenêtre d'observation de six mois est « peut-être insuffisante, ce qui sous-estimerait les taux de réussite »Le rapport dit lui-même que son chiffre est peut-être trop sévère
Biais de sélection possible ; l'échantillon « peut ne pas représenter tous les segments ni toutes les régions »Rien n'autorise à l'appliquer au Maroc

La base est de cinquante-deux entretiens, cent cinquante-trois dirigeants interrogés et trois cents initiatives publiques recensées, entre janvier et juin 2025. source 1

Deux chiffres qui se contredisent dans le même document

Le résumé exécutif annonce que deux secteurs sur huit montrent un changement structurel ; le corps du texte, deux pages plus loin, écrit sept sur neuf à l'inverse. Huit ou neuf secteurs, selon la page.

Même chose sur les budgets. Le texte dit que la vente et le marketing captent « environ 70 % » de l'allocation ; la note de recherche de la page suivante écrit « ~50 % ». Et la question posée aux dirigeants était de répartir cent dollars hypothétiques entre des fonctions — ce n'est pas une dépense observée, c'est un exercice.

Le trajet par la presse

Le 18 août 2025 à 6 h 54, Fortune publie sous le titre « Un rapport du MIT : 95 % des pilotes d'IA générative en entreprise échouent ». source 2 C'est cette formulation-là qui a fait le tour du monde, et c'est celle qui a fini sur nos pages.

Deux écarts entre l'article et le rapport, vérifiables en ouvrant les deux :

La méthode annoncée n'est pas celle du rapport. Fortune écrit que la recherche repose sur « 150 entretiens avec des dirigeants, une enquête auprès de 350 employés et l'analyse de 300 déploiements ». Le rapport écrit cinquante-deux entretiens et cent cinquante-trois dirigeants. Le nombre 350 n'apparaît nulle part dans le document, et l'enquête auprès d'employés non plus.

Le rapport de un à deux devient un rapport de un à trois. L'article écrit que les développements internes réussissent « seulement un tiers aussi souvent » que les partenariats externes. Le rapport donne 67 % contre 33 % — c'est la moitié, pas le tiers.

Le document a disparu de son adresse

Le rapport était servi par le MIT à l'adresse nanda.media.mit.edu/ai_report_2025.pdf. Les archives d'Internet Archive en gardent quatre captures le 18 août 2025 — à 11 h 55, 12 h 50, 12 h 54 et 14 h 57 — puis une réponse 404 à 17 h 28 le même jour, et une redirection permanente depuis.

Le document a donc quitté son adresse institutionnelle le jour même où la presse l'a rendu viral. Ce qui circule aujourd'hui sont des copies hébergées par des tiers. Le texte lu pour cet écrit est la capture d'archive du 18 août à 14 h 57, c'est-à-dire le fichier tel que le MIT le servait ; il fait exactement la même taille que les copies qui circulent.

Ce qu'il reste, et ce n'est pas rien

Le chiffre est mou. Ce que le rapport décrit ne l'est pas, et une PME a intérêt à le lire.

L'écart entre le pilote et la production est réel. Une organisation sur quatre qui lance un pilote d'outil spécifique le met en service. Le rapport nomme la cause, et ce n'est ni la réglementation ni la qualité des modèles : c'est que les outils n'apprennent pas et s'intègrent mal aux processus existants.

Le retour se trouve là où personne ne regarde. Les gains documentés viennent de l'arrière-boutique — sous-traitance de traitement documentaire, dépense d'agence, contrôles de risque — et non de la vente, qui capte pourtant la moitié des budgets. Ils viennent d'une dépense externe réduite, pas d'effectifs supprimés.

Et l'argument « acheter plutôt que construire » est une corrélation. Le rapport donne 67 % contre 33 %, puis ajoute lui-même, en gras dans son texte, que « la corrélation entre partenariats externes et réussite ne prouve pas nécessairement une causalité », les organisations qui achètent n'ayant ni le même appétit du risque ni les mêmes moyens que celles qui construisent.

⚠️ Un dernier point, et il est dans le rapport, pas dans notre interprétation. Le document recommande les systèmes à mémoire persistante et cite nommément trois protocoles, dont NANDA. Son annexe précise que le rapport est « produit en collaboration avec le projet NANDA du MIT », lequel « construit une infrastructure pour l'intelligence distribuée par agents ». La solution recommandée est celle que fabrique l'équipe qui publie l'étude. Ce n'est pas une faute ; c'est une information que le lecteur doit avoir.

Ce que nous corrigeons

La phrase de notre page d'audit était fausse sur sa date et imprécise sur son objet. Elle est remplacée par ce que l'entonnoir autorise à écrire : cinq organisations sur cent qui évaluent un outil d'IA spécifique le mènent en production — MIT NANDA, juillet 2025, avec le titre et les auteurs.


Si vous voulez savoir si votre propre essai d’IA vaut la suite, c’est le sujet de notre audit des cas d’usage.

Traçabilité

Les sources de cet écrit

Chaque niveau d’accès dit ce qui a réellement été lu, et borne ce que l’écrit peut affirmer.

  1. The GenAI Divide: State of AI in Business 2025

    Aditya Challapally, Chris Pease, Ramesh Raskar, Pradyumna Chari · MIT Media Lab — Project NANDA · juillet 2025

    Texte intégral lu

    Ouvrir la source
  2. MIT report: 95% of generative AI pilots at companies are failing

    Sheryl Estrada · Fortune — CFO Daily · 18 août 2025

    Texte intégral lu

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